Le rôle de la fiction dans la construction du genre : conférence à l’Imagina’livres, avec Sylvie Kaufhold

Du 23 au 25 mars 2018, se tenait à Toulouse la troisième édition du salon L’Imagina’Livres dédié aux littératures de l’imaginaire et organisé par l’association L’Imagin’arium. Dans ce cadre, j’ai présenté aux côtés de l’écrivaine et éditrice Sylvie Kaufhold (Les éditions du 38) une conférence interrogeant le rôle de la fiction dans la construction du genre, à travers notamment la littérature jeunesse. Vous trouverez ci-après l’audio de la conférence, ainsi que la base écrite de mon intervention (augmentée de liens).


 

Le sexe et le genre sont deux choses différentes : le premier correspond à un marqueur biologique, l’autre, à une identité socialement construite. Pour autant, les deux sont profondément intriqués : en effet, dans une société où le genre est conçu comme une binarité, son élaboration sociale prend la forme d’une manifestation, par des signes aussi divers que l’habillement, l’esthétique individuelle, le comportement, les intérêts, certains marqueurs physiologiques etc., du sexe biologique. Cette représentation (marqueurs de genre = sexe biologique) est si fortement ancrée que les personnes trans font face à une violence inouïe, de la part d’individus, de groupes et des institutions (la difficulté à obtenir un changement d’état civil n’en est que la partie émergée de l’iceberg) : le non respect de l’adéquation sexe-genre, de la conformation sociale au sexe de naissance, est perçu comme une menace à l’ordre social tout entier. Cette performance réalisée en Caroline du Sud en 2015 en est une démonstration spectaculaire : vêtue d’une robe courte et de talons hauts, l’artiste Signe Pierce a en effet défilé dans les rues en portant un masque dissimulant son visage. En faisant d’abord l’objet de curiosité et de convoitise, la foule a cependant bien vite changé de comportement quand le doute a émergé : « She’s trans! » entend-on ainsi des gens crier. Elle est alors l’objet d’insultes et de violence physique, jusqu’à être brutalement projetée au sol par une personne sortie de la foule.

L’adéquation sexe/genre est ainsi une injonction sociale extrêmement forte : mais comment celle-ci opère-t-elle sur les jeunes enfants ? Les genres et les stéréotypes associés s’ancrent si tôt dans leur comportement qu’il est facile de croire que ceux-ci découlent directement du sexe – et que, par conséquent, un enfant qui ne manifeste pas les intérêts adéquats n’est pas « normal ». Dès l’âge de deux ans, les enfants ont en effet appris à reconnaître le genre sur la base de signes extérieurs tels que l’habillement : c’est pourquoi un très jeune enfant peut manifester de la colère où de la détresse en revêtant des vêtements qu’il reconnaît comme appartenant à l’autre genre (à ce stade et dans une éducation genrée, la binarité est omniprésente) : le genre n’est pas perçu comme quelque chose de fixe, comme une caractéristique individuelle, mais plutôt comme un effet social, un caractère inhérent aux signes objectifs qui le manifestent… Cette intuition rappelle étrangement les travaux de la philosophe américaine Judith Butler, qui démontre que le genre est une performance, un ensemble de signes qui produisent un effet (et pas l’inverse). Ce constat met en relief l’impact normatif du marketing genré, et la nécessité, pour une construction de genre dépourvue de souffrance, de prendre garde à ne pas asseoir la binarité dès le plus jeune âge.

Quel est le rôle des fictions jeunesse dans la définition de ces signes ?

Dans ce processus, les jouets, puis les fictions jeunesse (livres, albums, dessins animés etc.), jouent un rôle prépondérant dans la détermination des marqueurs d’assignation, donc dans la construction normative du genre. L’album jeunesse Bonjour Madame ! (Delphine Rieu, Julie Gore) aux éditions Eidola met ainsi en scène un extraterrestre venu d’une planète où tout le monde est asexué, qui vient sur Terre pour tâcher de déterminer ce qui fait qu’un garçon est un garçon et une fille une fille. A cause de réponses clichées qu’on lui donne, il a bien de la peine à toucher juste à tous les coups (« les filles ont les cheveux longs », « les garçons jouent au foot » etc.)… Mais si cet extraterrestre ne parvient pas à différencier efficacement un genre d’un autre, pourquoi nos enfants, eux, en seraient-ils capables, et surtout, comment ? La question que nous nous posons ici, et qui servira à remettre en question l’évidence du genre et montrer les dégâts qu’elle produit à la fois à l’échelle individuelle et à l’échelle sociale, est celle-ci : quel est donc le rôle de la fiction dans la construction du genre, et dans la définition des caractères attribués à chaque genre ?

Le Deuxième Sexe dans la littérature pour enfants

Le premier constat que nous pouvons faire en nous penchant sur le contenu de la littérature jeunesse est le caractère secondaire et passif des femmes et des filles, sous-représentées. Une étude par la Florida State University (intitulée Gender in Twentieth-Century Children’s Books: Patterns of Disparity in Titles and Central Characters) portée sur presque 6000 livres pour enfants écrits de 1900 et 2000 révèle en 2011 que 80% des livres ont des personnages masculins (humains ou animaux) centraux, pour seulement 38,5% de personnages féminins centraux. C’est moitié moins. Pour les auteurices de l’étude, « ces disparités sont la preuve d’une annihilation symbolique et ont des répercussions sur la compréhension du genre par les enfants »1. En gros : les femmes sont effacées des représentations, et cela a des effets sur la perception sociale du genre. Iels notent également une corrélation entre l’activisme féministe et l’augmentation de la parité dans les années 70, confirmant un lien explicite entre les luttes politiques et les représentations. Si dans les années 1990, la parité concernant les personnages humains est presque atteintes, deux animaux anthropomorphes sur trois restent toutefois mâles.

En France, une étude portant sur 537 albums jeunesse publiés en France en 1994 a été menée par Carole Brugeilles, Isabelle Cromer et Sylvie Cromer. Elle s’intitule « Les représentations du masculin et du féminin dans les albums illustrés ou Comment la littérature enfantine contribue à élaborer le genre »2 : elle tombe donc à point nommé pour interroger le rôle de la fiction dans la socialisation et l’intériorisation des normes.

« Les albums visent certes à familiariser l’enfant avec l’écrit, à le distraire, à stimuler son imagination, mais surtout à accompagner la découverte du monde, du corps et des émotions, des relations familiales et avec autrui, à encourager l’apprentissage de valeurs, en un mot à favoriser la socialisation et l’intériorisation de normes. Si l’on accepte l’hypothèse que le sexe est la première catégorisation sociale (12), la question centrale, quoique rarement explicitée, est donc bien celle des identités sexuées, de la différence des sexes, des rapports sociaux de sexe. Cela est tout particulièrement vrai pour les albums illustrés, omniprésents dès la naissance, supports privilégiés du processus d’acquisition des modèles sexués socialement acceptables, et par là même de la hiérarchie sociale. » (Cromer et al., 2002 p. 264).

Elles notent, à l’instar de l’étude précédente, que les hommes sont davantage représentés au travail (32%) que les femmes (15%) – celles-ci étant souvent confinées au rôle maternel. En outre, comme dans la vie réelle, ce sont les métiers du care, « prendre soin » en anglais c’est-à-dire les métiers de l’enseignement, du soin, des services etc. –, qui occupent les rares femmes représentées dans une posture de travail : l’enseignement, bien sûr, occupant une place prépondérante avec la figure de la maîtresse d’école (p. 278). Cette répartition est renforcée par les rôles conférés dans la sphère familiale, très représentée dans les albums pour enfants (tableau 14). Sur les 202 mères et 156 pères trouvés dans les albums considérés, on constate ainsi que les mères occupent une place plus secondaire (quoiqu’elles soient plus rarement personnages d’arrière-plan) que les pères.

Reproduit de Cromer et al., 2002 p. 285.

« Concernant les activités, elles répondent fortement aux stéréotypes de sexe et… exactement à la réalité (20). Les mères sont essentiellement occupées aux tâches ménagères : par ordre d’importance, cuisiner (13,9 % des mères contre 6,4 % des pères), servir à table et mettre la table (12,8 % des mères contre 2,6 % des pères), s’adonner aux travaux ménagers de toutes sortes, la vaisselle, la couture, le linge, le rangement. Le symbole de cette assignation aux tâches domestiques est le tablier, porté par 20,8 % des mères (3,2 % des pères). Dans les albums, les pères se consacrent aux mêmes activités à dominante masculine que dans la réalité : ils jardinent (6,4 % des pères et 2,5 % des mères) ou bricolent (5,8 % des pères, 1 % des mères). Dans la maison, ils se reposent aussi davantage, en lisant le journal (9,0 % des pères et 1,5 % des mères), en écoutant la radio et la télévision (6,4 % des pères et 2,0 % des mères). » (Cromer et al., 2002 p. 286)

Si la littérature jeunesse fait un tel miroir à la réalité, c’est bien qu’il y a un lien : les albums pour enfants imitent la réalité… Et en même temps, contribuen à sa reproduction.

Le masculin, genre de l’action

La même étude française, analysant les traits de caractères et les activités des personnages, livre des chiffres qui frisent à l’absurde.

« quatre « activités » sont à dominante féminine : se pomponner, se déguiser (+ 7,4 points par rapport aux garçons), avoir des activités ménagères (+ 6,1 points), se mettre en colère (+ 5,1 points) et danser (+ 4,4 points). Deux activités sont à dominante masculine : vivre des aventures (+ 3,7 points par rapport aux filles) et faire des bêtises (+ 3,2 points). » (Cromer et al., 2002 p. 285)

Eh oui, se mettre en colère fait pleinement partie des activités féminines, bien sûr ! Par contre, pour vivre des aventures, on repassera. On a tous en tête la légende de Mulan, ne serait-ce qu’à travers le film éponyme de Disney, sorti en 1998. Cet exemple est éloquent concernant le genre de l’héroïsme dans les représentations traditionnelles : Mulan, pour sauver sa famille et son pays, doit prétendre être un homme.

Les femmes et les filles occupent ainsi le plus souvent un rôle subalterne, secondaire ou d’arrière-plan, attendant d’être secourues par le héros masculin comme dans la plupart des contes traditionnels français (Perrault) et allemands (les frères Grimm) : Cendrillon, Blanche-Neige, le Petit Chaperon Rouge, la Belle au Bois dormant, etc. Quand des héroïnes apparaissent cependant dans la culture populaire, à travers notamment les Comic Books américains (Marvel, DC Comics), c’est d’une façon hypersexualisée, avec des corps peu diversifiés et irréalistes.

Les jeux vidéos, qui s’adressent à une audience pourtant quasi-paritaire, perpétuent ces stéréotypes : un portion de la communauté, majoritairement masculine, contribue à une forme de protectionnisme masculiniste réactionnaire. Les cas emblématiques de joueuses de haut niveau et féministes militantes comme MarLard ou Anita Sarkeesian, qui ne cessent de dénoncer le sexisme institutionnalisé des jeux vidéos et de leur industrie, le prouvent aisément : les menaces répétées et le harcèlement dont elles sont l’objet et qui visent à les faire taire ne font qu’exacerber et mettre en avant cette réalité. Je ne veux pas toutefois me lancer dans une énième diatribe concernant les femmes soigneuses et les hommes guerriers, stéréotypes pourtant très connus et qui se portent bien, pour donner une seule statistique apparemment anecdotique issue de la très bien sourcée page Wikipedia « Gender representation in video games », que je ne pourrais pas faire mieux que paraphraser si je développais le sujet : selon une étude publiée dans le Washington Post en 2015, parmi les 50 jeux de plateformes sur téléphones mobiles les plus populaires, 98% proposaient des personnages masculins, dont 90% d’entre eux gratuitement, alors que 46% des jeux seulement proposaient des personnages féminins et que 15% des jeux seulement permettaient d’utiliser ceux-ci gratuitement. L’étude précise que jouer un personnage féminin a un surcoût moyen de de presque 8$… Quand on prend en compte l’immense popularité des jeux sur smartphones et leur large audience, on ne peut s’empêcher d’être alarmé par ces statistiques.

Le principe de la Schtroumpfette, élaboré par Katha Pollit, féministe et essayiste américaine, et le Bechdel Test créé par la BDiste américaine Alison Bechdel, dénoncent la répartition inégale des personnages dans la fiction, notamment audiovisuelle. Une œuvre réussit le test si les trois affirmations suivantes sont vraies : l’œuvre a deux femmes identifiables (elles portent un nom) ; elles parlent ensemble ; elles parlent d’autre chose que d’un personnage masculin. Si cette classification fait rire de prime abord, on se rend vite compte que ce n’est pas si facile que ça de faire passer le Bechdel test à une oeuvre…

Un rapport de l’observatoire des inégalités entre hommes et femmes, portant sur les livres mis en avant sur un site de vente de produits culturels, révèle ainsi que les filles occupent 38% des héros individuels de livres jeunesses, ce qui, pour moins inégalitaire qu’on aurait pu s’y attendre, reste insuffisant : en outre, elles ne sont que 24% d’héroïnes de DVD et 10% de BD jeunesse ! Elles notent toutefois que la plupart des personnages de livres ou de BD (il en est autrement des DVD, présentant des figures très genrées de princesses ou de fées pour les filles) ont des rôles diversifiés et accessibles aux deux genres : « L’observation de la répartition par sexe des héros et héroïnes fait apparaître une forme de diversité des rôles et l’ambiguïté de certains personnages », écrit ainsi l’autrice du rapport, Nina Schmidt. Pour autant, nuance-t-elle, « Tant par leur nombre que par leurs rôles, les héroïnes féminines restent largement placées en situation d’infériorité. Le héros masculin est nettement plus souvent présent et davantage plus décidé à partir à l’aventure. Ils sont bien plus souvent turbulents et comiques que les héroïnes, surtout ceux de la bande-dessinée. » Quant aux héroïnes non conformistes, comme Mafalda ou Yoko Tsuno, elle appelle à la prudence, rappelant que l’exceptionnalité de certaines héroïnes rappelle au contraire la place ordinaire des femmes dans la société, et les rend moins propice à l’identification des petites filles du fait du contraste qu’elles établissent.

« Il faut se méfier des exceptions qui confirment la règle, : ces filles trop extraordinaires révèlent bien l’inégalité que subissent toutes les autres qui sont cantonnées à certains rôles. De plus, à être parfois trop anti-conformistes, ces héroïnes ne semblent plus tellement crédibles et les lecteurs et les lectrices, n’y croyant plus, auront du mal à s’y comparer. Elles sont aussi bien souvent décrites comme des garçons manqués, ce qui n’encourage pas tellement à suivre leurs pas. »

Qui peut être rôle modèle ?

Afin de préparer cette conférence, j’ai, poussée par un ami professeur, réalisé une petite enquête auprès des élèves de deux de ses classes de collège, des troisièmes et des quatrièmes, par le biais d’un questionnaire. Les questions, simples, portaient sur les personnages auxquels iels s’identifiaient le plus, leur éventuel livre préféré et enfin les livres qu’iels préféraient étant plus jeunes. Ce questionnaire, quoique quantitativement restreint (51 élèves y ont répondu), a révélé des phénomènes dont j’avais l’intuition sans en imaginer l’ampleur : les disparités observées entre les filles et les garçons (et même avec un-e élève non-binaire) confirment en effet la persistance des rôles de genre dans l’imaginaire des adolescent-e-s, même en 2018. Ainsi, 4 réponses sur 5, tous genres confondus, citent des personnages préférés ou propices à l’identification (trois au maximum par élève) du même genre que le leur : les personnes qui ne cessent de répéter qu’un personnage ne devrait pas être un rôle modèle « féminin » mais un rôle modèle « humain » (confers la polémique concernant le casting d’une femme pour le 13e Docteur), ou encore que le genre d’un personnage n’a pas d’importance car tous les enfants sont égaux, sont priées d’économiser leur salive et de revenir dans quelques siècles quand leurs assertions auront véritablement du sens et ne contribueront pas seulement à invisibiliser les discriminations. Force est ainsi de constater que non, n’importe qui ne peut pas être rôle modèle ! Et si les disparités de genre sont aussi importantes aussi tôt – notamment dans le rapport à la lecture, plus distant chez les garçons, ou le rapport au risque et à l’ambition chez les filles –, c’est aussi parce que les fictions, notamment les fictions destinées aux enfants – livres, mais aussi films, mangas, BD, séries qui ne sont pas en reste dans l’imaginaire des enfants et adolescent-e-s –, perpétuent les inégalités de genre et les représentations des genres et de leurs positions dans la société. En analysant les données d’enquête concernant la littérature jeunesse favorite des filles et des garçons, j’ai ainsi constaté qu’un tiers des lectures des filles étaient occupées par des problématiques de vie quotidienne (famille, quartier) pour seulement 17% chez les garçons, qu’un autre tiers était consacré à la littérature thématique destinée aux petites filles (chatons, poneys et maquillage) et dont les garçons n’avaient sans doute entendu parler que de loin et avec un vague sentiment de répulsion, et qu’il ne restait par conséquent qu’un tiers disponible pour les ouvrages d’aventure ou d’apprentissage. De leur côté, les garçons citaient un tiers d’histoires d’aventure et 20% de sport, le reste (apprentissage, vie quotidienne, comédies et films d’animation) étant réparti plus équitablement. Les filles à la maison, les garçons à l’aventure, et c’est reparti pour une génération de plus d’hégémonie patriarcale, merci, c’est tout pour moi.

[La suite ici avec l’intervention de Sylvie Kaufhold :)]


Littérature antisexiste

[passages « coupés au montage » de l’écriture de la conférence]

Cette pauvreté des représentations féminines mène à des initiatives militantes, comme le livre Bedtime Stories for Rebel Girls (en français, Histoires du soir pour filles rebelles) par Elena Favili, paru en France aux éditions Les Arènes et qui met en scène les vies de 100 femmes, aux profils variés, qui n’ont pas attendu qu’un prince charmant vienne les sauver, à l’intention des enfants à partir de cinq ans. En France, la BD féministe pour adultes vient par ailleurs combattre activement les constructions de genre chez les plus grands, avec, par exemple, Libres ! Manifeste pour s’affranchir des diktats sexuels de Diglee et Ovidie ou Les Culottées de Pénéloppe Bagieu. Cependant, ces travaux ont en commun de reposer sur une documentation historique, sociologique ou biographique qui ne les situe pas dans le champ de la fiction.

http://www.lab-elle.org/actions/livres

Pourtant, si une valorisation de figures féminines ayant réellement existé est bénéfique, la fiction, par la part plus grande laissée à l’imagination, à l’identification et à la métaphore, ne doit pas être délaissée : par exemple, l’association lab-elle décerne ainsi un label aux albums illustrés destinés aux 0-10 ans qui “ouvrent les possibles du genre en mettant l’accent sur des personnages de filles, de gar­çons, de femmes et d’hommes dans un éventail de rôles, d’activités, de sen­ti­ments non cloi­son­nés par les stéréréotypes.”. Le label se fonde sur quatre critères :

filles dans des rôles actifs, volontaires et valorisés

garçons dans des rôles, ac­ti­vi­tés, sen­ti­ments ha­bi­tuel­le­ment at­tri­bués à l’uni­vers fémi­nin

femmes dans des rôles ac­tifs, vo­lon­taires et va­lo­ri­sés, dans des rôles de mères non stéréo­ty­pés ou des rôles pro­fes­sion­nels di­ver­si­fiés

hommes dans des rôles, ac­ti­vi­tés, sen­ti­ments ha­bi­tuel­le­ment dévo­lus à l’uni­vers fémi­nin ou asso­ciés à un réel partage des tâches entre les sexes

Leur but est ainsi de lutter contre les stéréotypes et de favoriser la variété des rôles modèles, afin de permettre une construction de genre équilibrée de la part des enfants.

Anne Cordier, professeur documentaliste à Lille 3, présente dans un article intitulé “Filles et garçons dans la littérature jeunesse : à bas les stéréotypes ?” plusieurs oeuvres de littérature jeunesse qui dénoncent les stéréotypes et les retournent avec justesse : le livre La nouvelle robe de Bill, écrit par Anne Fine, en est un exemple. A travers l’expérience transgenre d’un petit garçon qui au réveil, est devenu une fille, elle dénonce le carcan social imposé aux filles depuis l’enfance : “Dans la robe d’une fille, écrit Anne Cordier, Bill découvre quelle condition est faite au genre féminin : l’humiliation ressentie lorsque des garçons le sifflent dans la rue, la peur l’obligeant à chercher protection auprès d’une vieille dame, la fameuse faiblesse physique prétendue des filles.” Du côté des garçons, de nombreux préjugés doivent également être déconstruits : ne pas pleurer, avoir un “gros zizi”, ne pas pratiquer d’activités associées au féminin…

1« We argue that these disparities are evidence of symbolic annihilation and have implications for children’s understandings of gender. » http://journals.sagepub.com/doi/abs/10.1177/0891243211398358?journalCode=gasa

2Brugeilles, C., Cromer, I. et Cromer, S. « Les représentations du masculin et du féminin dans les albums illustrés ou Comment la littérature enfantine contribue à élaborer le genre », Population, 57 (2), 2002, 261-292.